DÉCOUVERTE ET AVENTURE HUMAINE L'ASCENSION DU LOMBOK

À l'occasion d'une randonnée balinaise, et alors que le soleil se levait à peine, Tiphany aperçoit le Gunung Rinjani trônant fièrement sur l'île de Lombok. D'où elle se tenait, à 1 710 mètres d'altitude, la vue sur l'archipel indonésien était déjà imprenable... alors qu'en serait-il du haut de cette montagne sacrée ?

LA MONTAGNE OÙ ON NE L'ATTEND PAS

Avant de partir, j'avais déjà la tête au sommet de ce volcan. Je m’étais bien renseignée sur la préparation physique nécessaire et le matériel requis, mais tout a réellement commencé depuis le village de Sembalun Lawang. C'est là que nous faisons la connaissance du groupe qui va partager cette aventure avec nous : deux couples venus d'Allemagne, Gætan et moi, un guide et deux porteurs. Ces derniers sont d'ailleurs des forces de la nature. Vêtus d'un simple pull, d'un jogging et chaussés de tongs, leur cadence a été bien plus dynamique que la nôtre alors qu’ils portaient chacun plus de 70 kilos. Répartis en deux paniers en équilibre de part et d'autre d'un bambou, ce sont eux qui transportent les tentes et les provisions en eau et nourriture pour ces 3 jours. Bien que l'anglais ne soit pas la langue de prédilection de ces derniers, les gestes et les sourires nous permettent d'échanger et de créer des liens au fur et à mesure que nous progressons sur les sentiers indonésiens.

La première journée peut se résumer par une longue avancée dans une jungle très dense qui nous protège du soleil, mais pas des 35 °C ambiants. à ce moment-là, nous nous sommes questionnés quant à l'utilité d’emporter gants, bonnets, chaussettes de ski et doudounes, mais une fois arrivés sur le premier plateau, à 1 200 mètres d'altitude, nous avons compris que cet équipement nous serait d'une grande utilité. Il a fait si froid et le vent a soufflé tellement fort que nous avons passé la soirée sous la tente, qui nous a giflé le visage presque toute la nuit. Un aspect météorologique qu’on ne s'attend pas forcément à retrouver dans un pays comme l'Indonésie, plutôt connu pour ses températures agréables.

Ce premier contact avec un vent violent ne gâche en rien la vue imprenable depuis le plateau. Devant nous s'étend la caldeira Segara Anak, le lac de cratère, le cône toujours actif appelé « Barujari », puis au loin, le sommet du mont Rinjani.

Visage balinais

À LA RENCONTRE DES INDONÉSIENS EN PÉLERINAGE

Le lendemain, nous prenons notre premier petit-déjeuner de pancakes à la banane, dont la pâte est transportée plus de 2 jours durant dans une simple bouteille d'eau ! Objectif de la journée : redescendre de 1 200 mètres jusqu’au lac turquoise situé au cœur de la caldeira et grimper jusqu'au premier tronçon de l’ascension finale.

En longeant le lac pour retrouver le sentier qui remonte vers le Gunung Rinjani, nous croisons quelques Indonésiens en train de pêcher. Plus nous avançons, et plus ils sont nombreux. Gætan et moi sommes intrigués par le fait de rencontrer autant de locaux à cet endroit. Au début, les Indonésiens semblent nous regarder avec autant de curiosité que nous, puis un petit groupe nous interpelle. Nous leur demandons pourquoi ils sont rassemblés ici. « La pluie » répond l’un d’eux, « pour faire venir la pluie » ! Ils nous expliquent alors que tous les ans, certains hindouistes de Bali font l’ascension du Rinjani avant la saison des pluies, pour célébrer les dieux qui leur apporteront des pluies abondantes et une terre fertile.

 

Autour de nous les hommes fument des cigarettes en riant près du feu. Quant aux femmes, regroupées de leur côté et assises en tailleur, elles tissent des petits paniers faits de feuilles de bananiers et papotent gaiement. Ce sont ces petits paniers dans lesquels elles déposent des fleurs, offrandes que l’on peut apercevoir partout à l’entrée des boutiques, des restaurants, sur les motos et devant les maisons. Au moment de repartir, nous avons droit à des sourires chaleureux, des signes de la main pour nous inviter à partager une grillade de poissons frais, ou pour prendre des photos. C'est vraiment enrichissant de vivre ce type d'expérience humaine et d'avoir un contact spirituel dans un lieu aussi magnifique.

UNE VUE À COUPER LE SOUFFLE

Motivés par ces échanges, nous attaquons les derniers 1 000 mètres de la journée. Le sentier qui se profile alors au loin me fait réaliser que le reste du trek ne sera pas aussi facile. Le paysage est beaucoup plus aride. Avec le peu d’arbres présents, les déchets sont de plus en plus visibles sur les flancs du volcan.

Les Balinais pensent que les pluies abondantes enverront tous ces déchets vers la mer, laissant les flancs du Rinjiani « propres » pour la prochaine saison de trekking.

Vue au sommet

Cette fois-ci, notre soirée n'est pas agitée en raison du vent, mais plutôt à cause des dizaines de singes qui slaloment entre les tentes, essayant de voler ce qu’ils peuvent : nouilles chinoises ou pancakes. Nous devons d’ailleurs manger dans nos tentes car certains gros mâles nous attaquent, malgré les parades des guides pour les éloigner. De mon côté, je ne fais pas la même erreur que le premier jour : je range mes chaussures dans la tente pour que ces pickpockets d'une autre espèce ne les subtilisent pas !

Après une courte nuit et un réveil à 2 heures du matin, nous voilà repartis pour l’ascension finale. Les porteurs n'ayant pas bien dormi eux non plus, en raison des rats venus pour grappiller les restes dans leur tente, nous allons au sommet avec le guide uniquement. Mais, nous ne sommes pas seuls pour autant. Jusqu’ici je ne m’étais pas rendue compte du nombre de personnes faisant ce trek. C’est uniquement de nuit, en voyant toutes les lampes frontales avancer le long de la dernière face du Rinjiani, que je réalise que nous devons être plus d'une soixantaine.

Les cinq dernières heures de marche sont difficiles. Nous devons gravir le sentier abrupt, mi-terre, mi-roche, qui se transforme vite en un étroit chemin de sable noir. Cette poussière fine devient rapidement insupportable, en particulier lorsque l’on se retrouve à marcher au rythme des pas de la personne qui nous précède. Il nous faut bien deux heures pour sortir de cette « cordée » et enfin pouvoir marcher à notre propre rythme. Le plus difficile ne sont pas les rafales de vent, ni le froid ou la poussière, mais la sensation de ne pas avancer en raison de nos pas qui ne cessent de s'enfoncer dans le sable. Faire une ascension dans la neige m'a alors semblé bien plus agréable et moins difficile que d'avancer dans le sable qui se dérobe sous les pieds.

Lorsque le jour se lève doucement, nous sommes seulement une quinzaine au sommet. J’aperçois au loin ce pourquoi nous sommes venus. L’ombre du mont Rinjani se projette sur l’autre flanc de la caldeira, telle une pyramide. Au centre, le cratère rouge vif entouré de son lac d’eau turquoise, puis au loin, alors que les nuages se dissipent pour laisser place au soleil, une vue à 360° sur l’époustouflant archipel indonésien.

à ce moment précis, on a alors la sensation de côtoyer un endroit sacré unique au monde.

Quelques jours plus tard, en prenant le bateau pour retourner sur Bali et alors que s’éloigne le Rinjani,

ce sommet qui m’avait paru si imposant quelques années auparavant me semble maintenant bien familier...

LE MONT RINJANI UNE MONTAGNE DE SPIRITUALITÉ

Le mont Rinjani, appelé « Gunung Rinanji » en indonésien, domine l'île de Lombok. Avec ses 3 726 mètres, il est le deuxième plus haut volcan de l'archipel, juste derrière le mont Kerinci, situé sur l’île de Sumatra et qui culmine lui à 3 805 mètres d'altitude. Le Rinjani, souvent perdu dans les nuages, se distingue par sa caldeira, ce grand cratère circulaire rempli d'une eau bleu-vert. Mais ce ne sont pas ces deux éléments qui le rendent si particulier aux yeux des hindouistes d'Indonésie.

La raison est bien plus spirituelle : il est perçu comme une montagne sacrée abritant les dieux. Aussi, pour leur rendre hommage, les hindouistes viennent déposer des offrandes et des bijoux dans son lac de cratère et terminent leur pèlerinage au sommet de ce volcan. Cette cérémonie annuelle se nomme « Pekelan ».

Pèlerinage bords du volcan

LE CONSEIL DE TIPHANY POUR LE MONT RINJANI

Prenez des barres de céréales et surtout ne sous-estimez pas vos besoins en eau. Quelques bouteilles en complément de celles fournies par les guides seront les bienvenues.Pour que ce bel itinéraire soit des plus agréables, je vous recommande une préparation physique en amont afin de vous assurer de réussir à atteindre le sommet sans encombre.

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